Le référendum d’initiative citoyenne ? Et si nous parlions de maturité politique ?

Parmi les revendications disparates des manifestants jaunes, une seule ressort d’une façon homogène : celui du référendum d’initiative citoyenne. Quels sont alors les chances mais aussi les risques pour notre démocratie républicaine ?

Rafraîchissons alors notre mémoire et revenons quelques décennies en arrière …

Neuf référendums ont été organisés sous la Ve République depuis l’adoption de la Constitution de 1958. Celui qui reste en nos mémoires est sans aucun doute celui du 27 avril 1969.
Les électeurs doivent se prononcer sur la régionalisation et la réforme du Sénat. Le débat porte en réalité surtout sur le maintien ou non du général de Gaulle au pouvoir, après onze ans de présidence et un an après la crise de mai 1968. Convenons-en, il s’agit d´un référendum qui aura changé le cours de l´histoire de la France conduisant le Général Charles de Gaulle à présenter sa démission. La suite est connue. Les élections des 23 et 30 juin s’achèvent sur un raz-de-marée électoral pour les gaullistes, dont le groupe emporte la majorité absolue à l’Assemblée.

Il serait absurde de comparer les évènements de 1968 et ceux de 2018.

La situation politique n’est pas identique, même si Emmanuel Macron a remporté haut la main les élections législatives de juin 2017 comme de Gaulle le fit.

En 1968, la France s’ennuie… C’est ce qu’argue Pierre Viansson-Ponté. « Seuls quelques centaines de milliers de Français ne s’ennuient pas : chômeurs, jeunes sans emploi, petits paysans écrasés par le progrès, victimes de la nécessaire concentration et de la concurrence de plus en plus rude, vieillards plus ou moins abandonnés de tous. Ceux-là sont si absorbés par leurs soucis … ».

En 2018, la France ne s’ennuie pas, mais surtout elle subit.

Alors que les préoccupations contemporaines ont une grande ressemblance avec celles de 1968, c’est la violence qui s’invite dans la banalité. Un mouvement, celui des Gilets Jaunes, revendique légitimement certes, mais casse, incendie, détruit les édifices, les biens publics et privés. Ce sont alors les commerçants, les grandes surfaces, les usines et le tissu économique national qui en font les frais. Sans oublier le porte-monnaie du contribuable, le leur tout comme le nôtre du reste.

Les corps intermédiaires, ces grands absents en 2018.

Car en 68, c’est l’heure de gloire des syndicats comme la CGT qui était alors le plus fort syndicat en France. Les corps intermédiaires étaient bien là : syndicats ouvriers et patronaux, l’opposition d’alors, socialiste et communiste, mais aussi les représentations d’étudiant. Pompidou l’avait bien compris en son temps.

Aujourd’hui, leur rôle s’est considérablement dégradé, relégué à un rôle de figurants. Les cinq dernières décennies ont laissé des marques profondes en termes de crédibilité dans l’esprit de nombreux concitoyens.

Les extrêmes de droite et de gauche, mais aussi les opportunistes tentent de combler le vide, quitte à jeter de l’huile sur le feu. Leur éloquence verbale ne trouve aucune limite, leurs contradictions cependant dans leur irresponsabilité.

Ce serait donc une énorme erreur de se plier aux exigences sur le référendum, formulées par la pression de la rue.

La mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne ne résoudra rien. Fera-t ’il de ces manifestants violents aujourd’hui des citoyens démocrates respectant l´ordre républicain demain ? Permettez-moi d’en douter fortement !

Le risque de dérive est élevé car la souveraineté populaire y serait quasi illimitée, quand bien même une modification de la constitution est un préliminaire incontournable.

C’est donc dans le débat que la solution réside, celui de l’échange constructif. Apprendre l’art du compromis et comprendre la nécessité de la tolérance, c’est le principe même de la démocratie. C’est surtout la décentralisation du pouvoir et la maîtrise de l’information qui devront occuper nos efforts dans un premier temps. Expliquer les réformes, c’est un travail gigantesque de pédagogie où le parisianisme ne trouve aucune place.

Bien au contraire. Cela passe alors par un débat démocratique, un langage direct, simple et compréhensible. C’est donc un dialogue dans les deux sens qui cultive et privilégie la proximité pour mieux relayer vers l’exécutif avec des solutions de terrain concrètes, visibles et perceptibles.

La France a un besoin urgent de réformer. Elle a aussi un grand besoin de maturité politique. Le référendum d’initiative citoyenne reste cependant trop simpliste et n’incarne pas la solution. Il ne reste qu’un instrument d’expression, ni plus, ni moins.

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