Covid-19 : survivre ou bien plutôt vivre ?

Covid-19 : survivre ou bien plutôt vivre ?

Et si la crise oppressante de la Covid-19 avait aussi le terrible mérite de nous rappeler ce que nous avions bien oublié ? Que la vie n’est pas donnée d’avance et qu’il faut se battre pour continuer à vivre, se battre à chaque instant, avec acharnement et obstination.

Nous autres Occidentaux, soi-disant favorisés, nous l’avions même oublié depuis des siècles, dit Nietzsche, des siècles de « ressentiment » philosophique … de cette philosophie qui, tout en nous rendant si savants et si raisonneurs, nous a sournoisement appris à nous détourner de notre corps, de notre santé et du combat permanent qu’il faut livrer pour eux, bref de la vie.

« D’où nous vient ce plus inquiétant de tous les hôtes? »

Nietzsche, Fragments posthumes, 1885–1886, 2 [127]

Or, cette philosophie nihiliste qui nous a désappris ce que c’est qu’avoir un corps (ou même être un corps) est partout dans l’air que nous respirons…

Certes, le capitalisme, avec ses gros sabots, n’a pas arrangé les choses.

Certes, le capitalisme, avec ses gros sabots, avec ses deux gros sabots bien lourds, que sont l’industrie agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique, n’a pas arrangé les choses : non seulement, malgré Platon, nous continuons à confondre ce qui est sain avec ce qui est sucré et à nous laisser abuser par les « pâtissiers », mais les « pâtissiers », sponsorisés par le Capital et pour le plus grand profit des actionnaires, ont répandu leurs ingrédients — surtout chimiques — dans toute notre nourriture, et si, comme le dit le père américain de l’hygiénisme, Herbert Shelton, si l’homme contemporain « prend son estomac pour une poubelle », c’est d’abord parce qu’il faut à tout prix écouler la marchandise alimentaire et rentabiliser les investissements. Quant à l’industrie pharmaceutique, pour les mêmes raisons et avec les mêmes moyens, elle finit le travail en beauté…

Mais notre négligence coupable ne provient-elle pas d’une faute logique moins évidente et plus lourde ?

Celle qui consiste à ramener sans cesse la vie vers le mécanique et le chimique ? À ne pas voir, comme dit Hegel, que la logique de la première est bien plus totalisante que celle des deux derniers ? Même les positivistes, comme Auguste Comte, le reconnaissent : une science « supérieure » n’en finit pas de se dégager des sciences « inférieures » qui la précèdent, et la biologie n’en finit pas de rompre avec la logique de la physique et celle de la chimie. Et, en même temps, le rapport quotidien de nos contemporains à leur corps et à leur santé ne porte-t-il pas la marque profonde de ce réductionnisme ?

Or, la vie n’est-elle pas d’abord ce Tout complexe et fragile, qui ne peut se maintenir comme Tout qu’en combattant sans cesse, de l’intérieur, les agressions bactériennes et virales (aussi bien d’ailleurs que celles de l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique) ?

Mais « fragile » ne signifie pas non plus replié frileusement et craintivement sur soi-même.

Car, selon Nietzsche, la vie est conquérante et, donc ce combat, il nous incombe, à nous, les vivants, simplement, froidement, de le gagner. Alors la crise du Corona virus pourra, malgré tout, commencer à devenir pour nous autre chose, si elle a contribué à nous rendre « plus forts » et plus vivants. Mais, pour en arriver là, ne nous faut-il d’abord (re)trouver le chemin de ce que Nietzsche appelle le « grand Oui à la vie » ?

Crédit image : Pete Linforth de Pixabay

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