Messieurs les Présidents, à vous de jouer.

La démocratie a parlé, la démocratie a gagné. L’ère Trump compte ses derniers jours, le monde respire après avoir retenu son souffle, bien souvent à contre-cœur. Messieurs les Présidents, à vous de jouer ? L’affaire ne sera pas si simple, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe.

Une Amérique que plus personne ne comprenait.

Twitter va devoir perdre un des ses plus célèbres compte : celui de @realDonaldTrump. Si Twitter sera perdant sur ce point, c’est le monde entier qui gagne. Il retrouve son souffle et sa confiance envers la première puissance politique, économique et militaire du monde après quatre longues années. Trump rejoint Jimmy Carter dans le club très fermé des présidents sortants non reconduits dans leur fonction. Seulement voilà, perdre n’existe pas pour Trump.

Le jusqu’au-boutisme du président en place, ses allégations et accusations de fraude infondées ne font que désespérer une Amérique fragmentée, morcelée jusqu’aux moindres recoins du territoire. Surfant avec la téléréalité que sa célébrité lui donnait, il a aussi et surtout soutenu la division et la fracture au sein de la société américaine. Qui sème, récolte. Il y a cependant des limites quand on sème les graines de la guerre.

Maitre d’un populisme politique, Trump a mené une politique nationaliste et protectionniste qui a bouleversé les équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.

Aussi est-il trop facile d’oublier les succès économiques engrangés par Trump durant ces quatre années : un taux de chômage historiquement bas, à 3,6% actuellement, une inflation annuelle de 2%, une croissance annuelle moyenne de 2,9% de 2019 à 2030. Ils sont pourtant bien réels et déclinés avec constance.

Sa versatilité et son mode de gouvernance intempestif l’ont conduit à semer le doute dans le monde entier, surtout en Europe pourtant un allié transatlantique de longue date. Heureusement, là aussi, chaque crise ouvre des portes dont celle de la réflexion : l’Union Européenne comprend enfin la nécessité d’une souveraineté politique, économique et militaire. Trump a mis l’Europe devant le mur. L’Union Européenne doit s’assumer et sortir d’une certaine naïveté. Merci Donald.

Messieurs les Présidents, un peu de décence. Enfin ?

L’heure de la concorde a sonné ce samedi 7 novembre : Joe Biden est élu. Il est parvenu à s’imposer dans un pays très polarisé et tribalisé, la Pennsylvanie livrant les ultimes votes nécessaires pour conquérir la Maison Blanche. Une liesse populaire dans les rues, une monopolisation médiatique mondiale ont salué cet évènement.

Le ton est différent et la différence de style flagrant : ne pas attiser les flammes du conflit, résoudre les problèmes, garantir la justice, donner à chacun sa chance. Le message se veut rassembleur et conciliateur. Plein d’empathie, Joe Biden promet d’être le président de tous les Américains. Le contraste est acté bien que la transition lève déjà beaucoup d’incertitudes.

Les premiers pas et mots remplissent les espérances d’un retour au calme et de la décence. Même si le tumultueux locataire de la Maison-Blanche fait encore des siennes, téléréalité oblige, c’est d’un retour à la stabilité dont nous parlons, avec des actions plus faciles à prévoir. Nous avons enfin le droit de voir les tensions géopolitiques baissées et des relations commerciales apaisées. Nous avons enfin l’espoir d’un retour des États-Unis sur le problème du réchauffement climatique et de la transition énergétique.

Et l’Union Européenne dans tout cela ?

Nous avons l’espoir que Joe Biden se retourne vers ses alliés européens. Il ne fait cependant aucun doute que ces quatre années d’obstructionnisme laisseront des traces dans les relations transatlantiques de chaque côté de l’Atlantique. Remodeler la confiance ne sera pas chose acquise, qu’on se le dise bien.

Il serait faux de croire que Trump parti, le risque du populisme politique disparaitra de lui-même. Donald part, le trumpisme reste et fera des émules, aux États-Unis tout comme en Europe où il a également trouvé des amis parmi les politiciens européens. Il faut alors admettre dès aujourd’hui que le nouveau président Biden devra composer avec. Sa tache ne sera pas facile. Les incertitudes semblent inévitables. Pour nous aussi, Européens.

L’erreur fondamentale serait alors de ne pas parler de la même voix unifiée avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Le risque pour l’Union Européenne serait alors de rester encore la balle de ping-pong avec laquelle la Chine, la Russie et les États-Unis jouent avec depuis plusieurs années, bien trop souvent à nos dépends. Le risque serait aussi de revenir au bon vieux principe d’un alignement des Européens sur les intérêts américains.

Ce dont l’Europe a besoin, c’est d’assurer et d’assumer aujourd’hui plus que jamais sa souveraineté géopolitique, économique et militaire. Une Europe sûre d’elle-même, combative et capable de résoudre ses propres affaires. Cet agenda de la souveraineté, c’est celui qu’Emmanuel Macron tient depuis 2017. Un message sans équivoque et maintes fois martelé, une vision claire de l’Europe.

Face à un retour probable du Président Biden vers un multilatéralisme, les bâtisseurs de l’Europe que nous sommes devront être soudés et agir ensemble,. Qui mieux alors que Macron pour rassembler ce collectif, pour incarner mais aussi défendre ces valeurs ? Messieurs les Présidents, à vous de jouer !

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