La prise en charge des frais de livraison des libraires, une décision inique ?

Le confinement lié à la crise sanitaire contraint les libraires à fermer. Aussi, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, et la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot-Narquin, ont annoncé la mise en place d’un dispositif pour aider les libraires à poursuivre leur activité à travers la vente en ligne.

Au départ un « Buzz » comme Twitter sait si bien les faire. Un certain nombre d’intellectuels, chroniqueurs et autres élites surdiplômés s’offusquent de la fermeture des librairies. Cela part d’une bonne intention bien que le bien-fondé de leur pétition et autres prises de paroles cachent un élitisme intellectuel, économique et territorial.

Cela démontre à quel point ils n’ont pas appris de la crise dite des Gilets Jaunes.

Dans son article, Christine Laemmel montre, chiffres à l’appui, que la répartition des librairies sur le territoire national est très inégale. Elle est le reflet des inégalités d’accès à la culture au sens large en France. Je pourrais extrapoler pour les théâtres mais aussi les opéras. Seuls les cinémas tirent leur épingle du jeu : il se sont installés dans ces centres commerciaux qui peuplent nos périphéries urbaines. Ces mêmes centres commerciaux qui assument une certaine forme de responsabilité sociale en comblant le vide territorial des librairies.

Au final, la décision de suspendre la vente dans les supermarchés et autres hypermarchés tous les produits dit non-essentiels, dont les livres, l’emporte. Certes, cela part d’un bon sentiment, celui de l’Égalité, écrit sur les frontons de nos Hôtels de Ville. Soyons clairs néanmoins, l’initiative se transforme en une punition collective.

Nous ne pourrons plus acheter de livres autrement que par correspondance ?!

La nouvelle version du confinement est prévue pour durer quatre semaines. Devons-nous nous prendre la tête à vouloir définir coûte que coûte la liste des produits essentiels pour les trente prochains jours ? Le virus aura eu raison de notre discernement.

Mais vous autres qui avez le choix du libraire dans vos quartiers, vous ne savez pas ce qu’apporte ces maudits supermarchés aux milliers de lecteurs péri-urbains dont j’ai été ! Car oui, les grandes enseignes de la distribution française font leur travail et le font bien. Régulièrement, à l’entrée, vous y trouvez des étals entiers avec les nouveautés littéraires : tous les primés et autres sélectionnés s’y trouvent. Croyez-moi le rayon bandes dessinées d’un Carrefour ou autre n’a rien à envier à votre chère librairie du coin.

Le rôle des Chambres de Commerce, du plan France Relance ?

Comment ne pas être perplexe quand la presse rappelle que les deux-tiers de nos commerçant n’ont pas pris à temps le tournant du numérique et compris le potentiel commercial que cela engendre ? Mais à quoi donc servent les Chambres de Commerces, le plan France Relance ?

C’est dans nos bibliothèques et médiathèques municipales qu’il faut investir.

Ce ne sont pas les librairies qu’il faut soutenir, mais bien dans nos bibliothèques et médiathèques municipales qu’il faut investir.

Dans le projet d’En Marche, il était question d’un chèque culture pour nos jeunes, il était question d’élargir les heures d’ouverture de nos bibliothèques. Des projets passés à la trappe ? C’est bien dans ces lieus d’échange culturel que se joue cette égalité de destin si chère à notre Président.

Réfléchissons alors au maillage territorial des bibliothèques et des médiathèques sur notre territoire. Investissons ensuite dans le numérique. Prenons exemple sur nos proches voisins. Soyons alors créatifs et regardons ce qui se fait de bien ailleurs.

À l’Institut Français de Vienne en Autriche, j’avais ouvert un compte sur leur site, emprunté une liseuse et découvert le livre numérique, et ce, malgré une offre peu étayée. À Hambourg, en Allemagne, j’ai découvert une certaine flexibilité et une facilité d’utilisation qui permet d’emprunter et de rendre en dehors des heures d’ouverture.

Et le mouvement dans tout cela ?

Envoyer des fiches explicatives avec des éléments de langage bien ciblés est une bonne chose en soi dès lors que le mouvement prend le recul nécessaire aux décisions gouvernementales. Cela n’est pas le cas cependant.

Nous sommes loin des valeurs intrinsèques du mouvement. Être marcheur, c’est être force de proposition, ce n’est pas jouer les béni oui-oui derrière un gouvernement, qui plus est quand une mesure va droit au mur. Être marcheur, c’est savoir s’émanciper de l’exécutif quand il le faut, mais pas de notre projet.

Nos parlementaires prennent-ils le recul indispensable par rapport à la crise, inédite certes. S’émancipent-ils et savent-ils dire non lorsque les décisions se révèlent Kafkaïenne. Leur rôle n’est-il pas également d’arrêter le Gouvernement lorsque celui-ci s’enferme dans une logique bureaucratique ? Je n’en suis plus si sûre. Ce dont je suis certaine néanmoins, ils doivent faire des contre-propositions plus équitables pour l’ensemble de nos concitoyens, Quitté à faire fléchir l’exécutif sur la voie de la raison.

Cette décision est inique, sans fondement social ni économique.

La fin de la fin : cet argent, de manière indirecte, ira dans les poches de ceux qui n’en ont pas besoin. L’État français va assumer la dépense pour que les chères têtes pensantes de notre pays puissent continuer à acheter leur livre dans leur chère Librairie. Avec presque 120% d’endettement, peut-il vraiment se le permettre ? Les librairies comme tous les autres commerces bénéficient déjà d’aides d’accompagnement sans aucune équivalence nulle part.

Cette décision est inique, sans fondement social ni économique. Soyons En Marche mais ne soyons pas aux ordres.

Crédit photo : image par Gerd Altmann de Pixabay

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