Quand la cacophonie médiatique frôle son apogée !

Difficile de trouver mieux en matière de cacophonie. Un simple commentaire sur un article paru dans le FAZ remet en question les rapports Franco-Allemands. Tout passe alors à la moulinette : défense européenne, puissance nucléaire française, nouvelle architecture des relations avec la Russie, la prolifération de l’armement nucléaire, les critiques envers l’OTAN. Beaucoup de bruit donc.

Des divergences entre Paris et Berlin existent, cela n’est pas nouveau !

Les critiques envers Emmanuel Macron fusent de toute part. Pour ses propositions de construire une nouvelle relation avec Président Poutine, parmi certains partenaires de l´OTAN et de l’Union Européenne. Pour ses propos ouverts contre l’OTAN et son immobilisme décisionnel. Sur la nécessité d’un mémorandum et d’un nouvel accord sur une réduction de l’armement nucléaire à courte et moyenne portée.

Dans la masse de cette cacophonie, ce sont les contradictions qui interpellent alors.

Certaines épousent les analyses du Président E. Macron, en particulier sur le dernier point du mémorandum. Heureusement alors.

L’auteur de cet article, Konrad Schuller, journaliste, ouvre un débat sur le choix en Allemagne pour plus de sécurité contre une agression extérieure, et la nécessité d’en renforcer sa sécurité. Se réfugier sous le parapluie nucléaire américain, dans une période de désengagement annoncé et d’incertitude pilotée par le président Trump, est-ce la meilleure option ou faut-il, au contraire, la reconsidérer ?

Le secrétaire Général de l´OTAN appelle à l’unité.

L’article 5 est une obligation contractuelle et est le cœur de l’OTAN. L’idée est la suivante : un pour tous, tous pour un. Sachant que les ennemis potentiels savent qu’une attaque contre un allié entraînera une réaction de toute l’Alliance, aucun adversaire nous attaquera. Ensemble, nous sommes de loin la plus grande puissance militaire au monde. À Jens Stoltenberg, secrétaire général, de préciser alors qu’il attend à ce que tous les alliés – y compris la France – s’en tiennent à cela.

La Turquie a parfaitement démontré sa conception de l’unité sans pour autant que le secrétaire général en dénonce l’interprétation. La mort cérébrale annoncée par Macron aura eu une portée plus importante parce que médiatisée. Le malaise est bien là.

Le nouveau contexte de la sécurité collective

Konrad Schuller pose un constat pertinent. Allons au-delà alors.

De nombreux homologues et éditorialistes français analysent la question primordiale de la sécurité et de la défense de l´Union Européenne en considération de l´Article 42, paragraphe 7, du TUE (clause d’assistance mutuelle).

Une clause que la France avait déjà invoquée en 1995, reporté dans le journal Libération du 2 sept. 1995, dans un article du journaliste Axel Sauder : “La défense européenne a fait une entrée tardive dans le débat sur la reprise des essais nucléaires par la France. Le gouvernement français a mis du temps à placer le sujet dans le cadre qui lui revient : la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne. La justification européenne des essais et de la dissuasion française aurait été sans doute plus convaincante si elle avait été formulée plus tôt. Il n’est toutefois pas certain qu’elle sera suffisante pour peser sur une contestation allemande fondée sur des considérations politiques, morales et, bien sûr, écologiques.

Pourtant, la PESC, qu’une majorité d’Allemands appelle de ses vœux, elle sera aussi nucléaire, ou elle ne le sera pas. Les récentes déclarations des hauts responsables français plaçant la force de dissuasion dans une perspective européenne paraissent conforter deux objectifs politiques constants de l’Allemagne dans ce domaine : mettre la force de dissuasion nucléaire française au service d’une défense européenne et s’assurer que l’Allemagne ne soit pas le spectateur passif d’une éventuelle décision sur l’emploi de ces armes”.

Le dilemme en Allemagne

Deux questions posent un sérieux dilemme à l’Allemagne.

Tout emploi de la force armée doit être entériné par le parlement allemand, quel que soit le domaine d’action. Le Mali ou le Kosovo sont des exemples concrets. Quelle est l’attitude du Bundestag donc ?


La Constitution allemande autorise-t ’elle l´Allemagne à avoir accès à l´arme nucléaire ?
Le journaliste M. Axel Sauder, dans sa lancée et déjà en 1995 posait les premières réflexions : « Sur un plan strictement conceptuel, il est certes souhaitable que soit dépassée la contradiction entre l’objectif à long terme d’une défense européenne et une dissuasion nucléaire à vocation strictement nationale. Mais attendre une réaction enthousiaste de la part de la République fédérale serait négliger que l’européanisation de la dissuasion française soulève des problèmes épineux tant d’ordre intérieur qu’extérieur pour l’Allemagne ».

Le cœur des allemands balance entre la France et les USA sur le sujet.

L’éditorialiste du FAZ se pose début décembre 2019 les mêmes questions que Stauder posaient en 1995. L’Amérique n’est plus l’allié préféré des Allemands. C’est maintenant la France. Les Allemands ne veulent plus du bouclier atomique de l’Amérique. Un cinquième de la population seulement pense que c’est une bonne chose. Mais quarante pour cent veut que l’Allemagne cherche à se protéger en Europe sous les parapluies nucléaires français et britannique.

Amis ou pas, la chancelière allemande souffle au Bundestag les frissons de la réalité : l’Europe ne peut pas se défendre seule pour le moment. Devant des États-Unis et les sauts d’humeur de son président, un choix stratégique du parapluie nucléaire repose sur la relation entre le protégé et le protecteur.

Deux puissances nucléaires en Europe.

La Grande-Bretagne et la France. Le Royaume-Uni vient de dire au revoir à l’UE, sa garantie de protection ne serait pas entièrement politiquement crédible.

Une force dissuasive nucléaire souhaitant étendre son potentiel dissuasif à un autre pays court un grand risque. Un conflit aux frontières d´un pays étranger peut alors faire de leur propre capitale la cible d’une frappe nucléaire adverse. Par conséquent, la relation entre le protégé et le protecteur doit être étroite si un tel pacte défensif devait impressionner un ennemi potentiel.

La constitution de la Vème République et l´indépendance stratégique de la France

Florence Parly, ministre des Armées, précisait dernièrement « Sur les sujets de coopération militaire, il est évident que nous avons encore beaucoup de marge. […] La question de la dissuasion nucléaire, c’est une question parmi d’autres. [—] Il y a énormément d’étapes franchir avant d’envisager que la dissuasion nucléaire puisse être mutualisée à l’échelle de l’Europe.

Mutualiser la dissuasion française pose énormément de question. À commencer par son contrôle et son financement.

Wolfgang Ischinger, spécialiste des affaires stratégiques, conclut à juste titre que les pays européens « devraient contribuer en conséquence » pour bénéficier du parapluie nucléaire français ». La dissuasion française profite indirectement aux Européens. La France ne conçoit pas sa stratégie de défense de manière isolée, même dans le domaine nucléaire Aussi s’empresse-t ’il de préciser que la décision d’utiliser ou non la force de frappe est et sera du ressort exclusif du président français. Conformément à notre constitution.

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