L’insouciance règne lorsque l’inquiétude serait appropriée.

L’avenir semble plus ouvert, plus imprévisible, plus incertain que jamais. Le dernier exemple dans le Nord de la Syrie nous le démontre parfaitement. En quelques jours et quelques annonces seulement, la situation est complètement bouleversée, chamboulée. Les alliés d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Les États-Unis se retirent unilatéralement, la Turquie intervient en toute impunité, tous deux sont membres de l’OTAN. Aucune consultation, aucune implication. Le grand frère russe calme le jeu. L’insouciance est à son comble.

Et nous, que faisons-nous ?

Rien, ou presque rien. Sauf un, qui dit les choses comme elles le sont.

Emmanuel Macron n’hésite pas et parle de mort cérébrale de l’OTAN. Le tollé diplomatique est là, tout le monde monte au créneau. Non pas pour dénoncer le scandale dans les institutions, l’état de l’alliance de défense de l’OTAN, non. Le diagnostic de Macron est en effet dévastateur, il accuse les alliés. Rien ne va plus alors.

Les petites phrases de Macron font des ravages. Dire la vérité doit-il systématiquement passer pour une maladresse, de susciter des réactions épidermiques au risque de braquer ses partenaires ? Le style et la forme peuvent choquer, crisper, j’en conviens.

Je dénonce cependant le manque d’inquiétude face à tant d’insouciance.

Le diagnostic est néanmoins juste car l’OTAN est une machine dans laquelle les Européens ne pèsent presque plus rien. Macron a évalué la situation géopolitique dans le monde en restant clair et cohérent. Il est le présage d’un avenir fragile.

Il a tout à fait raison lorsqu’il dit que l’Europe disparaîtra de la carte géopolitique si elle n’est pas prête à se considérer comme une unité politique, économique, sociale et à la défendre. Il réaffirme le principe fondamental et moral, celui de la solidarité. Cela n’est pas de l’arrogance mais un signe de confiance. Il n’en reste pas moins qu’Emmanuel Macron a brisé un tabou et fait de la question de la pertinence de l’OTAN un sujet que l’on ne peut plus mettre sous le tapis. Serait-ce la fin de l’insouciance ? Enfin ?

Refuser obstinément tout dialogue politique est tout simplement une aberration

L’arrogance parisienne face au confort berlinois pourrions-nous arguer alors. Au vu du vide béant et paralysant qui se répand depuis des années à Berlin, Macron doit, bien sûr, ressembler à un conducteur obstructionniste hyperactif.

La réalité est toute autre cependant, parce que le paysage géopolitique ressemble à un champ de ruines. Trump a déclaré l’OTAN obsolète, il enclenche la guerre commerciale avec l’Union Européenne. Face à l’Iran, il ignore les intérêts vitaux des Européens en matière de sécurité. Devant tant de jeux musculaires américains, remettre la loyauté de Trump est tout à fait légitime. Dans le même temps, la chancelière allemande affirme que selon elle, l’Alliance fonctionne bien dans de nombreux domaines. Quelque part, le discours est contradictoire.

Heiko Maas, ministre allemand des Affaires Étrangères, tente de recoller les morceaux et la confiance. En ces temps dramatiques, il a raison de vouloir maintenir le cap vers une Europe puissante – non pas en tant que successeur, mais en tant que moteur pour revitaliser l’alliance transatlantique. Pas seulement comme un projet franco-allemand, mais comme un effort commun de tous les Européens.

Permettez-moi pourtant de dénoncer ici un non-sens : il n’y aura jamais un seul pays capable d’imposer ses idées seul. Et Macron, européen convaincu, n’a jamais dit vouloir faire cavalier seul même si la France est historiquement le véritable moteur d’une capacité de défense européenne indépendante de par sa puissance nucléaire.

Le danger de l’insouciance, c’est celui de se réveiller brutalement …

Quand il est trop tard ! « La vie punit celui qui arrive trop tard » aimait souvent rappeler Mikhaïl Gorbatchev.

L’autonomie stratégique européenne n’existe pas en soi, car il n’y a pas de force militaire communautaire. L’Union Européenne, seule, ne peut pas défendre l’Europe. Le secrétaire général de l’OTAN le confirmait très récemment.

Appliquer la politique de l’autruche ou se cacher la vérité devant tant d’évidences : il est temps de mettre fin à ces beaux discours. Cette vérité n’est pas éternelle heureusement. Au contraire, c’est sûrement le point de départ d’une véritable réorientation. La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment appelé l’Europe, à Berlin, à « apprendre le langage du pouvoir« . Cela va dans le bon sens.

Le choc des mots étant, au-delà de l’émotionnalité provoquée ici et là, je reste intimement persuadé que le but suivi n’est autre qu’une prise de conscience de ce qui se trame réellement aux portes de l’Europe. Face à l’insouciance, l’émancipation militaire européenne est une priorité.

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