Un tremblement de terre a eu lieu, mais pas celui que certains démagogues attendaient.

Le tremblement politique a bien eu lieu en France et en Europe. Le paysage politique devrait changer complètement de visage dans les quelques semaines qui suivent. Une chose est sûre : les gagnants au soir du 26 mai 2019 ne sont pas forcément ceux qui sont arrivés en tête.

Quitte à leur déplaire alors.

Le tremblement de terre que Steve Banon annonçait à grands renforts médiatiques ressemble aujourd’hui plus à un soubresaut qu’autre chose. Certes, quand on n’arrive qu’à la deuxième place, on ne peut pas dire qu’on a gagné les élections. Cette constatation d’Édouard Philippe le soir du scrutin est et reste factuelle : nous avons raté notre engagement de quelques 0,90%.

La bâclée de 2014 ne s’est pas reproduite pourtant. Loin de là.

Cinq ans auparavant, le parti au pouvoir perdait loin, très loin derrière Marine et sa bande. Il faut dire qu’historiquement parlant, son parti se taille la part du loin depuis des années aux élections européennes. À bien y regarder aussi, la base électorale de Marine peine à s’élargir aux regards des performances de 2014 et de 2017. En valeur absolue, cela se quantifie par un gain de 500.000 voix. Non négligeable certes, mais loin du raz de marée annoncé par les nationalistes.

La République En Marche a réussi à s’imposer et à tenir front. Son bilan politique est incontestable, quoique contrarié par une grave crise sociale majeure qui aurait pu faire craindre un effondrement. 2019 ne fait que confirmer. La défaite du 26 mai n’est pas suffisamment sévère pour avoir des conséquences politiques, elle reste donc relative.

Non, il ne s’agit pas d’une déroute. Non, les succès de mai et juin 2017 ne sont pas des accidents.

N’en déplaise heureusement à beaucoup de nos détracteurs qui prédisaient un avenir sombre, voire même une descente aux enfers, le tout relayé par une presse aux aguets. À les entendre, le pronostic vital était déjà bien engagé.

Oui, avec souvent peu de moyens, avec un manque cruel d’expérience, avec un maillage local en pleine adolescence, avec parfois un professionnalisme amateuriste, LaREM est devenu un véritable parti. 2017 n’était pas du tout un accident, qu’on se le dise bien. En Marche est un collectif intact qui apprend chaque jour plus qu’hier. C’est cela sa force.

L’espace politique est complètement refondu.

Ils attendaient tous le corbillard pour l’enterrement de LaREM et avaient déjà commandé les couronnes. L’espace politique s’est véritablement modifié en quelques semaines. C’est un tremblement de forte amplitude, le premier de ce scrutin en fait.

La droite conservatrice, celle de Laurent Vauquiez, a pris une sacrée claque. Son offre politique est désavouée, son positionnement est rejeté. La droite républicaine ne présente aucun horizon et aucune perspective, à moins de se voir phagocytée, ne sachant pas se réinventer. Sa base électorale se rétrécissant considérablement, la droite se retrouve confrontée à un problème de survie, Plus une histoire de ligne que de leader. Elle est train de se faire éliminer du paysage politique français.

La gauche se voit laminée, complètement éclatée, atomisée. Jean-Luc a du mal à digérer son nouveau statut de moribond alors qu’il voulait apparaître comme la force dominante de gauche. Benoit Hamon jette alors ou enfin l’éponge. La gauche divisée comme jamais risque bien de disparaître.

S’il n’y a pas eu de tremblement pour LaREM, peut-on parler de résurrection ?

Les élections européennes sanctionnent régulièrement le parti au pouvoir et l’exécutif. La recomposition politique initiée par l’élection d’Emmanuel Macron est devenue une réalité dans le pays. Certes, nous pourrions se poser la question si son implication personnelle dans la campagne était trop tacticienne ou pas, une erreur ou non. Elle a eu le mérite cependant d’avoir sensibiliser les Françaises et les Français face à un tournant. La stratégie du vote utile a fonctionné au-delà de ses espérances sans pour autant fêter l’enterrement de l’abstention. C’est un vote qui aura mieux marché à droite et moins à gauche néanmoins.

Le réveil des électeurs doit néanmoins nous interpeller face au double transfert.

La recomposition politique est belle et bien en marche, beaucoup d’acteurs commencent seulement aujourd’hui à le percevoir et à l’admettre. La rituelle alternance gauche-droite n’existe plus, les vieux partis sont effacés. De nouveaux clivages apparaissent, la bipolarisation autour des néo-libéraux, progressistes et nationalistes domine la vie politique en France.

Oui, LaREM aura réussi à siphonner une partie de l’électorat de droite. Tout comme l’extrême-droite du reste. Mais ce serait aussi ignorer la fluidité des hésitants compatibles En Marche. En n’apportant peut-être pas suffisamment de réponse sur le fonds, ce sont les Écologistes qui ont siphonné le parti de la majorité.

Le tremblement de terre est donc écologique, c’est le deuxième de ce scrutin. L’urgence climatique s’est invitée sur l’échiquier politique. L’effet de la question environnementale est une véritable motivation et une réelle préoccupation. Ces deux composantes sont inscrites dans l’ADN du programme Renaissance, peut-être pas suffisamment. Il faudra alors lui donner encore plus de dynamique sans pour autant oublier le caractère social du projet à bâtir. L’acte 2 du quinquennat sera passionnant, qu’on se le dise bien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *