Dans la famille des réformateurs, j’appelle Macron le destructeur !?

Le titre peut surprendre sûrement alors qu’une certaine génération se rappelle des débuts cinématographiques d’un certain Arnold dans le rôle de Conan. Macron n’est ni un barbare, ni un destructeur, loin de là. Il est simplement un visionnaire à qui l’histoire lui rendra hommage un jour.

Réformer, c’est aussi devoir remettre en question des principes acquis.

N’en déplaise alors à Georg Blume dans sa tribune du 23 juin 2019 si aujourd’hui nous lui disons qu’il a tort sur beaucoup de points. Pas sur tous néanmoins. Oui, il a raison de surligner l’attitude jugée jupitérienne du chef de l’état. Oui, il a raison de rappeler les malmenages d’un conflit sociétal sans précédent, de par son ampleur, sa brutalité et sa dureté.

Nuançons cependant sur la portée du mot Jupiter et replaçons son interprétation dans son contexte. Dans tout navire il y a un capitaine auquel l’équipage se réfère. John Scheid, spécialiste de l’Antiquité, analyse l’expression « président jupitérien » et conclut que « c’est un Jupiter polythéiste qui agit par sa volonté, mais avec la collaboration nécessaire des autres, et sans se mêler en permanence de ce que font les autres ». Sans aller plus dans les détails, cette définition convient car la parole de Macron est performative.

Macron est le capitaine du navire.

Le mouvement de Gilets Jaunes a malmené l’exécutif, le législatif dans ses débuts. La cocotte a explosé après lui avoir mis un couvercle pendant presque 30 ans. Il est simpliste alors de mettre un seul homme au pilori. Seulement voilà, c’est ce même président jupitérien qui a su non seulement réagir mais aussi agir. C’est le seul président de ces derniers vingt ans qui a proposé un dialogue constructif, serein mais aussi un dialogue sans détour. C’est le seul aussi qui apporte des réponses claires, concrètes tout comme des perspectives. Sa recette ? Remettre les acquis toujours en question, à la recherche du comment mieux faire. Par définition, un destructeur détruit et ne laisse que des cendres. Emmanuel Macron est loin de se tenir à ce scénario.

La transition vers les institutions européennes s’en trouve facilitée.

Face à une Europe qui ne marchait pas aussi bien que souhaité, quelle est la solution, quelles sont les options ?

Devons-nous reprocher à Emmanuel Macron d’innover, de tenter, de proposer, de dénoncer aussi ce qui ne fonctionne pas au niveau européen ? Sommes-nous tenus de lui reprocher ses propositions constructives, de le blâmer pour ces différents discours. Georg Blume met en avant les applaudissements restés sans effets et résultats. Sur ce point, il a bien raison.

Mais c’est trop bien souvent Berlin qui est restée timide dans la réponse à défaut de souvent s’astreindre au silence. Pas de réponse est aussi une réponse que Macron a prise comme tel. Georg Blume oublierait-il alors que dans les propres rangs politiques allemands cette absence de réponse a été maintes fois dénoncée ?

Aussi n’est-il peu surprenant que la composition européenne n’implique pas de composer dans la continuité.

Les électeurs européens ne sont pas dupes et ont clairement exprimé une volonté de changement le 26 mai dernier. Cette expression démocratique passe alors légitimement par une remise en question de l’acquis.

Soyons clairs, quarante ans de mandature gauche-droite en Europe ne convainc plus personne, encore moins les électeurs car elle a clairement démontré ses limites. Le copier-coller d’une grande coalition à l’allemande, comme aujourd’hui, ne séduit plus personne comme modèle idéal en Europe. Le score des écologistes en Allemagne ne laisse aucun doute possible sur ce déclin annoncé. Le risque de voir exploser la grille traditionnelle du paysage politique en Allemagne est bien là.

La continuité et son lot d’hésitations lassent, le changement est de mise autour du projet européen. Nous sommes alors très loin du titre de Macron le destructeur car il incarne, lui, l’alternative aux yeux de beaucoup d’européens.

La proposition d’une liste transnationale faisait partie d’un projet rénovateur où la démocratie aurait été réellement au centre du débat.

Et non les intérêts de quelques partis en perte de vitesse et soucieux de voir leur influence s’éroder.

Le principe initial du « Spitzenkandidat » était de renforcer le lien entre l’Europe et les citoyens. Il a été principalement défendu par les parlementaires européens, soucieux d’un contre-pouvoir face au Conseil et à la Commission. Ce système créée un rapport plus étroit entre les votes des électeurs et les coalitions au sein des institutions de l’Union Européenne. Car les partis politiques européens deviennent ainsi les principaux vecteurs de la campagne pour la présidence de la Commission.

Seulement voilà, la notion de l’automaticité n’existe pas du tout.

Aucun traité européen ne la prévoit, bien au contraire. Bien plus, c’est au Conseil européen qu’il revient de nommer le candidat à la présidence de la Commission, en toute autonomie, en tenant compte des élections européennes et après avoir procédé aux consultations appropriées. L’accusation d’un Macron destructeur fond alors comme un cube de glace au soleil.

Il existe un projet européen, un projet de rénovation profonde des institutions pour rendre l’Europe plus forte politiquement, économiquement, mais aussi plus solidaire. Ce projet ne s’articule pas autour d’un candidat nommé d’avance mais autour d’un cahier des charges bien précis, d’une voix qui pèse. Macron est peut-être le destructeur de l’espérance de certains. Une chose est sûre pourtant, il bâtit une Europe forte autour d’un projet démocratique. Il n’a pas d’autre projet en Europe que celui-ci.

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