L’idéologie européenne victime d’un déni de la réalité ? Emmanuel Todd souffle le chaud et le froid.

« Europa ist futsch (*)» C’est en ces termes argotiques que le magazine allemand « Der Spiegel » présentait le 4 août dernier un entretien avec le sociologue français Emmanuel Todd. L’Europe s’en est allée. Vraiment ?

Revenons alors ensemble sur des propos percutants initialement adressés au peuple allemand.

La bienveillance nous contraint de lire l’argumentation de Todd pour découvrir des pistes de réflexion très intéressantes sur l’évolution des systèmes familiaux, sociaux et religieux. Ce serait alors elle qui piloterait la dynamique ou la stagnation des cultures.

Todd n’y va pourtant pas par quatre chemins : l’Europe est dans un état lamentable, ses dirigeants sont pris dans un sentiment d’impuissance. Le rêve initial d’une Europe homogène est en parfaite opposition avec la réalité du monde. Son argumentation repose essentiellement sur le fait que la politique et l’économie politique ne tiennent pas compte de la diversité du continent.

L’idéologie européenne victime d’un déni de la réalité ?

Il serait faux de croire en la primauté absolue de l’économie dans un but d’unifier et de rassembler. Cette convergence, sans être utopique dans ces débuts, n’existe plus aujourd’hui. Loin de là, elle provoque des inégalités et des fossés de plus en plus profonds entre ceux qui peuvent et ceux qui n’y arrivent pas ou plus. Le rouleau compresseur de la mondialisation n’a aucune pitié.

Ce constat, si accablant soit-il, n’est pas si faux.

Todd décrit la situation de l’Allemagne, vue par les autres. Il la caractérise par son dogmatisme, la démesure et l’hubris. Un tableau bien orgueilleux et arrogant peut-être aussi. L’Allemagne pourtant représente un ordre social, voire inégalitaire, mais souvent salutaire. Or celui-ci ne peut pas s’imposer et s’appliquer à tous ! L’universalisme aveugle et l’uniformité imposée par l’économisme induisent un repli vers soi et ses valeurs.

Trump entre en scène et incarne parfaitement le retrait dans les frontières.

La xénophobie universelle, c’est le libre-échange qui la cultive. La tendance à privilégier les faits économiques dans l’explication des faits sociaux et politiques est confrontée aux valeurs familiales ancrées depuis de longue date. Ce sont elles qui engendrent et définissent des valeurs politiques, des idéologies. Cette vie sociale, c’est un attribut incontournable de l’appartenance nationale, elle prime aussi.
Continuant, Todd affirme que « la démocratie libérale est sur le point de se transformer en un concept creux ». Car, dans de nombreux pays européens, les valeurs d’autorité et d’inégalité reviennent.

Trump crée les conditions pour un saut vers une Europe émancipée.

Cela est exact, nous l’avons maintes fois relevé dans nos différentes tribunes.
Le bémol pour Todd cependant, c’est le risque de l’orgueil et la peur de la liberté. L’interprétation reste bien sûr subjective, elle doit le rester. À bien y réfléchir pourtant, c’est l’essence même du nationalisme.

Si ses conclusions diffèrent des nôtres, il est clair que Todd nous livre les thèses nécessaires à poursuivre notre combat pour une Europe progressiste, forte, unie et sociale.

Il serait faux de croire que l’idéologie européenne est déconnectée de la réalité, loin de là. Il nous faut reconnaître qu’elle nécessite un profond ravalement. Une chose reste acquise : ses fondations sont solides. À nous alors de la rebâtir !

(*) L’Europe est foutue

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