Regarder ceux qui sont laissés au bord de la route est humble. Aussi les actes doivent suivre.

Vouloir réformer le système social ne doit en aucun cas être confondu avec vouloir faire table rase du même système. Les moutons médiatiques et les extrêmes politiques prennent à leur compte bien évidemment la dernière hypothèse pour mener campagne. Enfin de quoi se mettre sous la dent !

 

La méthode est certes perfide.

Elle repose cependant sur un sentiment grandissant d’une certaine injustice en France après 12 mois de mandat du président Macron et de sa majorité. L’exécutif provoquerait-il de par son action une cassure nationale ? Jean-Louis Borloo parle lui d’une vision inefficace et dangereuse de la société. En clair, le jeune monde abandonne ceux qui ont besoin de solidarité. Charge politique ou pas, Borloo est un lanceur d’alerte que nous nous devons écouter.

Macron, c’est la recherche constante de l’efficacité, qu’on le comprenne bien une bonne fois pour toute.

La recherche de la solution est longue. Dominique Strauss-Kahn estimait lui que « s’attaquer aux inégalités, c’est s’attaquer à leurs racines ». C’était en 2004…

En termes de redistribution monétaire, l’arbitrage qui consiste à rendre des droits effectifs et réels pour tous est difficile. Qui plus est, il y a ambiguïté, qu’on le veuille ou non. Car le peuple admet que trop d’argent est dépensé dans les aides sociales alors que dans le même temps il réclame que l’exécutif renforce la politique sociale en France. Cette bicéphalie a de quoi désarçonner.

Parlons alors chiffre pour mieux recentrer le débat et rester factuel.

Les chiffres de 2016, publiés par le Ministère de la Solidarité et de la Santé, annoncent en juin dernier la modique somme de 714 milliards d’euro au titre des prestations sociales versées. L’augmentation annuelle de 1,80% reste stable. Leur financement augmente lui de 2,20 %. Le solde est certes positif, le déficit est lui encore négatif à hauteur de 400 millions.
La protection sociale couvre, dans un cadre de solidarité nationale, les risques sociaux auxquels les ménages sont exposés. Autant donc les nommer : santé, vieillesse-survie, famille, emploi, logement, pauvreté-exclusion.

En termes de PIB, cela représente 32,10%. 21,9 milliards d’euro représentent les dépenses au titre de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, soit, selon les appréciations entre 1,80% et 2,60 du PIB.

Le ressenti lui est différent. Alors que le taux de pauvreté monétaire en France pour 2016 s’établit aux alentours de 13,60%. À titre de comparaison, le taux allemand atteignait les 15,70% alors que le taux de chômage de la population active ne cesse de baisser depuis des années. Cette constatation devrait alors relativer quelques esprits contestataires.

La France a un système de protection sociale qui marche, avouons-le !

Se concentrer sur la pointe de l’iceberg ou encore reprocher une forme d’immobilisme comme Éric Ciotti dernièrement, c’est simplement ignorer les causes profondes. C’est surtout décrier sans vouloir comprendre et s’attaquer au mal. Un manque de maturité peut-être aussi.

Strauss-Kahn, lui encore, annonçait devoir changer ce paradigme.

« Pour lutter efficacement contre les inégalités et atteindre ses objectifs intemporels de justice sociale et d’égalité, la social-démocratie doit changer de paradigme. Elle ne doit plus se limiter à la correction a posteriori des effets pervers engendrés par le jeu des libertés humaines : elle doit empêcher l’apparition de ces effets pervers. Pour cela, elle doit attaquer les inégalités à la racine, prévenir avant de guérir, s’intéresser aux préventions autant qu’au protections. »

Prévenir pour guérir au service des laissés au bord de la route.

Vous comprendrez mieux alors la démarche. Nous faisons aujourd’hui ce que d’autres auraient dû faire il y a trente, vingt ans mais qu’ils n’ont pas fait. Leurs reproches aujourd’hui ne sont pas légitimes, leurs cris encore moins. Un signe d’amertume peut-être aussi….

Bien sûr, il est hors de question de ne pas s’occuper des laissés au bord de la route, de ceux qui ne peuvent pas ou plus. C’est dans notre tradition, une vieille passion égalitaire dans notre pays comme Vauquiez aime le rappeler. Pour une fois, il a bien raison, mais seulement cette fois-ci, pressons-nous de le dire.

Notre système est cependant trop complexe. La bureaucratie se fait parfois plus délirante, stigmatisante, sans pourtant mieux résoudre. Naître pauvre, c’est trop souvent rester pauvre, sans avoir la possibilité de gravir les échelons sociaux.

Il s’agit alors de réfléchir non pas à moins dépenser mais avant tout à mieux dépenser. Comme nous l’avons vu haut, les ressources augmentent. Redistribuer l’aide d’une façon différente, plus ciblée afin de mieux adapter l’aide à apporter face aux besoins réels, c’est agir concrètement.

Les causes profondes, c’est pour beaucoup des laissés au bord de la route l’impossibilité de se joindre à la caravane de la société.

Bien souvent dès le départ, dès le début de la scolarité, de la jeunesse. C’est également permettre et rendre accessible à chacun d’eux des soins médicaux de base réputés encore réservés pour les plus riches : soins dentaires, optiques et auditifs. Cela, c’était hier, soulignons-le.

L’émancipation, c’est aussi pouvoir travailler. C’est donc ici une construction à deux parallèles. D’une part, inciter chacun à revenir vers le travail en les responsabilisant dans cette étape, en les y préparant. Par exemple par la formation professionnelle, l’apprentissage. Un adage ne dit-il pas « mieux vaut lui appendre à pêcher que de lui donner un poisson » ?
D’autre part, c’est encourager l’investissement dans l’économie nationale de toutes les ressources disponibles, comme le savoir-faire, la compétence, la créativité, ou encore le capital. Il n’y a pas opposition ou contradiction à cela, bien au contraire. Il y a complémentarité. Autant faut-il lever les barrières contraignantes que les précédentes mandatures avaient minutieusement dresser.

Soyons sereins et restons lucides dans notre raisonnement !

La solidarité en France est bien présente, même si des fois elle a des difficultés à s’articuler. La difficulté est de concilier les exigences du court terme, celle de l’urgence avec les chantiers du long terme qui visent à éradiquer…l’urgence. C’est cet écart qui fait mal, qui insurge. S’attaquer aux racines, aux causes profondes est légitime : nous le devons aux laissés au bord de la route.

Il nous revient alors de nous y employer et de s’assurer qu’enfin, les actes suivent.

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