Une Europe progressiste en marche? La démarche, elle, reste encore très timide

Le vocabulaire de la chancelière allemande se serait-il enrichi ces derniers temps ? À sa rhétorique métaphorique s’est rajouté une abnégation voilée aux multiples propositions du président Macron : »ja, aber … ». Où donc restent les propositions concrètes, où donc se cachent les visions ? La réponse allemande se fait attendre. Heureusement, les premiers esquisses se dessinent à l’horizon.


Vos propositions, Monsieur le Président, sont nombreuses, constantes, de votre discours de la Sorbonne à celui de la remise du prix « Charlemagne » à Aix-la-Chapelle, en Allemagne.  Vous sollicitez la solidarité des partenaires européens. Vous avez raison d’arguer que c’est l´avenir et la survie de l’Union Européenne qui sont mises en jeu.

Difficile de composer alors face à une position ambiguë de la Chancelière : au oui, Il y a toujours un mais.

Seulement voilà, pour faire compliqué, c’est Donald Trump qui nous rappelle à quel point l’Europe est politiquement affaiblie. La résiliation de l’accord de 2015 avec l’Iran est bien là, une belle gifle qui peut mettre en danger les intérêts de l´industrie européenne dont Airbus, Siemens et bien d’autres aussi. Qui nous interpelle, monsieur Macron, en vous donnant raison.

La situation est explosive, soyons et restons francs.

Faut-il alors se reclure et se réfugier derrière des intérêts nationaux sous la pression de certains courants politiques ultraconservateurs au sein du gouvernement en place en Allemagne ? Ou encore acter une certaine passivité ?

La réponse est controversée de part et d’autre du Rhin. Alors que le 11 mai dernier le Ministre de l´Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier, argumentait que nous n’avons aucun moyen juridique de protéger nos entreprises contre la décision unilatérale des Etats-Unis, son homologue français, Bruno Le Maire, plaidait lui pour une réponse européenne. Il y a de quoi rester perplexe alors.

Accepter le diktat de Trump, baisser les bras ou encore tomber dans un défaitisme informel, est-ce cela la solution ?

Nous avons vu pas mal d’épisodes malheureux et inefficaces. Lancer la cavalerie à l’assaut du secret bancaire helvétique, l’épisode de l´ancien Ministre des Finances Peer Steinbrück, une charge à la hussarde hasardeuse. Ou encore, l’épisode de la « chaise vide », une politique menée par le gouvernement français sous la présidence de Charles de Gaulle en 1965. Des exemples bien concrets qui ont fait leur preuve de l’inefficacité dès lors que l’on s’hasarde seul.

Ne serait-il pas plus logique de se ressaisir autour d’une souveraineté européenne ?

C’est en tout cas le discours défendu corps et âmes par Emmanuel Macron. Continuer à avoir des perpétuelles réticences à son égard, mener une politique de repli sur soi-même, égoïste et nationaliste ne mènera qu’à affaiblir encore plus une Europe bien malade. Or, c’est bien la solidarité entre les États membres qui permettra de profiler une Union Européenne reconnue sur le plan international. Une Europe forte, unie et respectée.

La solidarité est donc une exigence inéluctable. Donald Trump livre tous les ingrédients à ce sursaut européen.

L’Allemagne alors se réveille et commence à livrer un début de réponse aux propositions de la Sorbonne.
Le vice-chancelier, Olaf Scholz, rappelait dans son intervention sur le budget fédéral pour 2019 au Bundestag que l’Europe est la principale préoccupation nationale de l’Allemagne. Le pays le plus peuplé de cette union, son économie forte avec ses exportations, doivent leur succès à l’Europe.

Il met en avant cependant ses faiblesses actuelles avec une Europe trop fragmentée, qui n’apporte que trop peu de réponses aux questions fondamentales des citoyens européens. Nous voici donc plongés au cœur du sujet : la souveraineté de l’Europe, celle qui lui permet de se défendre.

« Wir brauchen die Europäische Union, um im Verhältnis zu wirtschaftlichen Mächten wie China oder den USA auf Augenhöhe agieren zu können. »

Ceci n’est qu’un début certes, une réponse timide. Il a le mérite d’être là.

Il faudra plus, beaucoup plus pour bâtir cette Europe progressiste. Une Europe capable de s’affirmer comme puissance politique. Une union en position de prendre des initiatives en toute indépendance tout en préservant son unité. Une Europe progressiste en marche, tout simplement.

Lire l’article « Buchhalter in Ekstase » dans son intégralité (en langue allemande)
Auteur : Cerstin Gammelin
Source : Süddeutsche Zeitung (sz.de) du 15 mai 2018

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