Nous sommes bousculés, l’audace est notre seule réponse pour sortir l’Europe de la glaciation !

Tout est clair, mais rien ne l’est pourtant. Après l’enthousiasme du discours d’Emmanuel Macron en septembre dernier, la douche froide des négociations de coalition en Allemagne aura apporté son lot d’incertitudes. « Un nouveau départ pour l’Europe », c’est le leitmotiv de ce nouveau gouvernement. Soyons honnêtes, la convergence n’est pas franchement au rendez-vous.

Deux évènements politiques majeurs auront marqué la semaine écoulée.

Dans un premier temps. Emmanuel Macron a tenu un discours mardi 17 avril devant le parlement européen. Une intervention attendue, suivie, où il rappelle à tous que « de grandes transformations (…) remettent en profondeur les fondamentaux de la société industrielle qui avaient fondé nos grands compromis, font naître des peurs qui conduisent à revisiter certains grands équilibres et nous imposent de repenser la grammaire d’action qui est collectivement la nôtre. ». Le ton est donné.

Le 19 avril, c’est le même Emmanuel Macron qui rencontre Angela Merkel à Berlin pour établir une feuille de route commune en préparation du Conseil européen des 28 et 29 juin prochains. Mais aussi pour tenter de la convaincre.

À moins que ce ne soit elle qui tenta de préparer Macron à un compromis.

Car la question aujourd’hui se pose : le Président E. Macron peut-il compter sur le soutien de madame Angela Merkel et de son gouvernement ?
François-Xavier Bourmaud dans le Figaro du 16 Mars 2018 citait un ministre du gouvernement.  «Macron, c’est un pouvoir jeune et fort ; Merkel, c’est un pouvoir ancien et fragile. Mais ils n’ont aucune autre solution que de travailler ensemble, il leur faudra être très pragmatique.»

Nous devons être très lucides dans les décisions qui seront prises par la Chancelière Angela Merkel.

À entendre les propos de certains de ses ministres et membres influents de sa propre famille politique, il est aisé de mieux comprendre.

Ainsi, un article dans « Zeit-Online » du 18. Avril 2018 Von Tina Hildebrandt, Matthias Krupa, Ulrich Ladurner und Mark Schieritz , sous le titre „Emmanuel Macron: Er hat was vor, wir haben Bedenken“ cite Alexander Dobrindt. « Ich habe keine Veranlassung, Herrn Macrons persönliche Glücksgefühle zu meinem politischen Programm zu machen. Macron oder « Herr Macrooh », wie Dobrindt sagt, vertrete eben französische nationale Interessen und er, Dobrindt, vertrete deutsche. »

Si ses écarts de langage et ses positions parfois loufoques sont bien connus d’un public averti, ses mises en scène mélangent cependant l’étrange et une certaine forme de trivialité.

Il n’en reste pas moins que ces membres constituent une partie de la majorité sur laquelle la chancelière s’appuie.

Or ce que nous constatons ici, c’est tout simplement une obscurité inquiétante de la politique. Au-delà des tendances nationalistes, la bouffonnerie amuse le peuple. Or elle devrait aujourd’hui plus qu’hier présenter au peuple un projet européen d´avenir cohérent et rassembleur.

L’objectif principal n’est-il avant tout de préserver la paix, sous quelque forme que ce soit : politique, sociale, économique ?

Un rêve qui est aujourd’hui toujours bien présent à nos esprits. Il y a encore 70 ans, la France et l’Allemagne étaient encore belligérante alors que les deux nations faisaient partie du même empire de Charlemagne. C’est en l’an 843 avec le traité de Verdun que la France naissait réellement.

Cela est peut-être très lointain mais aujourd´hui si proche. Ces deux nations à l’histoire culturelle commune ont changé le visage de l´Europe jusqu´à ce jour. Ensemble, elles ont convaincu nos autres partenaires européens de réaliser cette « Europe Unie ». Elle est enviée par d’autres nations et par des millions de migrants qui n´ont qu´un souhait : vivre en paix et en sécurité, dans une Europe Unie, sociale et solidaire.

Macron le rappelle très bien mardi dernier : il parle d’un miracle européen en évoquant le parlement européen.

« Rassembler pacifiquement les représentants élus des peuples d’Europe pour délibérer ensemble dans leurs différences, forts et lourds de leur histoire et de ce qui les a parfois divisés est un modèle unique au monde. »

Aussi, ces nouveaux slogans nationalistes, la réapparition d´anciens clichés instaurent une certaine suspicion.

Cela rappelle pourtant une année noire, celle de 1933, cette spirale diabolique. Faut-il faire aujourd’hui une relation avec ces années sombres ? Ce qui est sûr, cela assombrit fortement l´horizon de cette Union Européenne.

Si la patiente semble souffrir d’une embolie pulmonaire ou d’une aphasie, les moyens urgentistes doivent être forts. Ils ne peuvent pas être l’œuvre d’une seule personne, d’un seul pays. La thérapie nécessite une cohésion et une convergence. Certes les options sont nombreuses tout comme les axes de réflexion. Emmanuel Macron essaie de convaincre.

«Nous ne sommes peut-être pas toujours du même avis, mais, dans l’histoire, la France et l’Allemagne ont déjà fait beaucoup», a rappelé la chancelière vendredi.

Nous en sommes loin de cette audace aussi bien souhaitée que nécessaire. Chacun de nous recherche la convergence dans les actes pour trouver cependant la divergence dans le discours. Ne pensez surtout pas que je suis le seul à partager ce sentiment.

Car les auteurs, Tina Hildebrandt, Matthias Krupa, Ulrich Ladurner et Mark Schieritz, concluent très justement dans leur article :

„Man muss nicht alles richtig finden, was Emmanuel Macron für die EU fordert. Aber wie wäre es, wenn aus Berlin mal ein paar eigene Vorschläge kämen?“(*)

Là, permettez-moi de leur donner entièrement raison.

(*) On peut certes ne pas être d’accord avec tous les points que Macron exigent de l’Europe. Mais qu’en serait-il de Berlin avec quelques propositions?

Lire l’intégralité de l’article (en langue allemande)
Auteurs :Tina Hildebrandt, Matthias Krupa, Ulrich Ladurner, Mark Schieritz
Source : Zeit Online du 18 avril 2017

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