Cette voisine que nous connaissons si bien mais pourtant si peu aussi …

Cette voisine, l’Europe, que nous pensons bien connaître, qui est-elle en fait ? L’une est pour, l’autre est contre, mais qu’est-ce que l’Europe est réellement ?


Chacun argue que le volontarisme franco-allemand est le moteur essentiel en Europe. Rappelons-nous, le traité de l’Élysée est le fruit d’un travail assidu de femmes et d’hommes persuadés que c’est dans la coexistence de l’accord et du désaccord que l’on trouve les ressources indispensables à la volonté de s’accorder. L’histoire nous démontre aujourd’hui que ces pionniers avaient raison et ont encore raison. Certains parlent à juste titre de désaccord fondateur.

Seulement voilà, faut-il tout miser sur le couple franco-allemand aujourd’hui ?

À bien y regarder, la réponse est non. Cette amitié ne suffit pas à annihiler la montée de l’euroscepticisme car il manque un ingrédient essentiel : celui du débat en Europe. Or, la déception de l’opinion publique est la source principale de cette montée. Elle est ensuite exploitée, plus à contre-sens qu’à bon sens.

Nous oublions trop souvent dans nos argumentations, si fondées soient-elles, que la pluralité et l’interculturalité jouent ici deux rôles essentiels et primordiaux.

Un exemple ? Pisani-Ferry et Mahfouz (*) décrivent dans la crise de l’Euro l’opposition d’une Europe du Nord mettant l’accent sur la responsabilité individuelle des États face à une Europe du Sud pointant les défaillances d’un système.

Les arguments de l’un ne sont pas nécessairement des arguments vendeurs chez l’autre, et inversement. Le risque est alors un manque croissant d’empathie nécessaire au compromis. Bien plus, cela peut pousser à n’écouter et ne vouloir écouter que celui qui pense comme soi. Dans une communauté de plus de 500 millions d’habitants, les fronts se dessinent : le Nord contre le Sud, l’Ouest contre l’Est.

Les désaccords sont sains cependant et peuvent devenir fondateurs, à la condition qu’ils soient reconnus et appréhendés à temps.

S’ils ne le sont pas, Pisani-Ferry et Mahfouz démontrent que les désaccords peuvent paralyser les décisions et conduire à des choix incohérents ou inefficaces. Les auteurs parlent alors de l’ambivalence de la discorde.

Nous devons alors nous occuper de cette voisine, l’Europe.

Ouvrir le débat, c’est alors commencer par un état des lieux afin de mieux saisir le ressenti, la déception, les aspirations et les espérances.

Donner à chacune et chacun la possibilité de s’exprimer, de remettre en question, c’est un des buts de la Grande Marche pour l’Europe qui débutera le samedi 7 avril 2018 en France et à l’Étranger auprès des françaises et des français.

Notre voisine sera alors le nombril du monde cinq semaines durant. La volonté est celle de s’accorder, il n’y a aucun doute dessus. À bien y regarder, c’est la base même du débat démocratique.

L’initiative du 17 avril 2018 mettra notre voisine encore plus au cœur des débats.

Emmanuel Macron lancera le 17 avril à Strasbourg les consultations citoyennes qui seront menées dans 25 pays européens d’ici octobre. Porter le débat dans chaque pays participant est une prise de conscience majeure.

Bien que l’obscurantisme barbare reportât hélas le lancement de la Grande Marche pour l’Europe de deux semaines, le parallélisme entre les deux actions n’est pas fortuit. C’est en cherchant les causes de désaccord, ensemble, au niveau local, régional et national, que nous serons en mesure de forger le compromis. Pour cela, il faut parfois secouer le cocotier. La vérité, elle, pourra alors se frayer un chemin constructeur et fédérateur. C’est bien ainsi …

(*)  voir « À qui la faute, comment éviter les erreurs économiques », Selma Mahfouz et Jean Pisani-Ferry, p. 160 ff.

Une réponse sur “Cette voisine que nous connaissons si bien mais pourtant si peu aussi …”

  1. Cette voisine, l’Europe, que nous pensons bien connaître, qui est-elle en fait ?

    Un excellent titre auquel j´aimerais y ajouter mon commentaire car je crois que dans tous les débats politiques actuels en Allemagne comme en France d´ailleurs, nous sommes souvent concentrés sur des sujets, thèmes qui sont négatifs et se reportent bien souvent sur le passé il y a plus de 100 ans…. Je sais , « j´ai vous ai compris aussi» on ne peut satisfaire tout le monde, les opinions, les expériences, les âges aussi peut-être, les approches afin d´interpréter ou juger un sujet, sont différentes. Je constate aussi et cela est normal que certains de mes articles ne semblent pas accueillir les « Bravos » escomptés. Toutefois, je vais donc essayer d’être aussi court que possible dans mon exposé…

    J’ai assisté il y a quelques semaines à une conférence ou plutôt à un débat, une présentation sur l´historique de la signature du Cinquante Cinquième (55ème) Anniversaire du Contrat de l’Elysée organisé par « Politisches Bildungsforum Hamburg der Konrad-Adenauer-Stiftung e.V. », à l´université de Hamburg le 21.03.2018.

    Le conférencier a fait un exposé très intéressant sans oublier d´évoquer encore en 2018 l´origine de ce qualificatif ou appréciation des relations entre la France et l´Allemagne sous ce nominatif que je pensais oublié « Erbfeinde » ! Ce terme est revenu si souvent dans cet exposé, ce qui me pousse à écrire ce commentaire sous ce titre « Cette voisine, l’Europe.. »! C´est cela qui m´a un peu irrité, car nous revenons bien trop souvent sur des sujets qui relatent les périodes négatives de l´histoire de nos deux pays si souvent très liés dans le passé aussi bien sur le plan culturel, humains, projets de coopération industrielle et relations humaines, cela en passant en revue depuis plusieurs siècles non pas ce qui nous lie et pas uniquement ce qui nous désunis.

    Si nous voulons motiver, convaincre, enthousiasmer notre jeunesse pour ce projet fantastique qui est de préserver les acquis de cette « Europe Unie », nous devons en décrire plus positivement les contours, les acquis, les objectifs, et cela s´adresse non seulement à nos représentants de notre « élite » politique et autres ainsi que les médias. Nous en sommes tous redevables à deux visionnaires l´ex-Chancelier Konrad Adenauer et un homme prestigieux, l´ex-Président Charles de Gaule, un visionnaire, foncièrement et profondément convaincu que la Paix en Europe ne pourra s´établir que par une réconciliation durable entre l´Allemagne et la France. Ce deux visionnaires ont a jetés les premiers fondements de cette « Europe Unie » qui nous offre un havre de paix depuis 70 ans !

    Parlons, écrivons, critiquons objectivement s´il le faut de ce que attendons de cette Europe Unie. Donnons des exemples de ce qui dans cette « Europe Unie » nous rapproche, nous lie, nous motive, nous « emballe » au lieu de revenir sur des thèmes du passé en utilisant de tel synonyme ou clichés ou expression comme « Erbfeinde » une définition qui nous désunie nous Français et Allemands … Parlons par exemple comme dans un article paru dans le « Süddeutsche Zeitung » le 31/1/2. Avril 2018 sous le titre Monsieur »Jean-Phiippe mache sein Ding », de ce qui nous lie depuis des siècles nous « Français et Allemands » mais aussi tous les Européens, c´est aussi notre culture qui est aussi notre identité européenne. Je vais donc citer un passage de l´excellent article M. Leo Klimm :
    – « Valenigney/Quingey – Das ist der Hang, der dem deutschen Auto zu steil war! » Jean-Philippe Peugeot zeigt auf die kleine Auffahrt zur Villa Le Rocher. „Wie ärgerlich“ , feixt er. Bei den Peugeot erzählt man sich noch immer diese Story über Gottlieb Daimler, der 1889 mit seinem Motorwagen an der sanften Drei-Prozent-Steigerung scheiterte ». Der Benzinantrieb, eine Revolutionäre Innovation, verhungerte just vor der Familienvilla der Peugeot in Örtchen Valentigney“

    – Cela s´est passé en 1889! Et depuis non seulement « Peugeot » a utilisé le moteur de Daimler dans son modèle Type 3 et pose ainsi les premiers piliers des fondements de son empire industriel et malgré trois guerres, aussi les fondements d´une coopération durable jusqu´à ce jour entre les deux constructeurs « Peugeot et Daimler » !

    Il y a d´innombrables exemples de jumelages, coopérations, échanges culturels, humains et industriels entre le Luxembourg, la France et l´Allemagne comme par exemple « Villeroy & Boch » une entreprise qui a dépassé les frontières de l’Europe dès le milieu du 19e siècle « depuis des centenaires » !

    Oui notre Europe existe avec sa diversité depuis des siècles, c´est cela que nous devons présenter à cette jeunesse qui vit déjà dans ce siècle du numérique et des échanges culturels à l´échelle de la planète ! C´est avec de tels exemples comme avec Villeroy & Boch », « Peugeot et Daimler », et biens d´autres encore depuis des centenaires dans le domaine culturel, de la recherche, industriels, jusqu´à nos jour avec « Airbus », « ESA » que nous pourrons tourner en dérision de tels synonymes ou expressions « Erbfeinde » encore utilisés encore de nos jours. Se battre contre les clichés du passé et cela s´adresse aussi aux médias, présenter une vision positive de cette « Union Européenne » encore si fragile dans son existence du fait que certains restent encore « bloqués » dans leurs clichés et pensées appartenant au siècles passés et non dans ce siècle du numérique qui voyage presque à la vitesse de la lumière au contraire du siècle de la 2 CV ou de la coccinelle !

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