Quatre pages décisives qui relancent notre optimisme, mais rien n’est encore sûr !

Vingt-huit pages résument les négociations préliminaires à une grosse coalition entre les conservateurs de la CDU, de la CSU et les sociaux-démocrates de la SPD. Quatre pages sont dédiées à l’Europe. L’Allemagne tente de répondre aux attentes de L’Europe.


Les observateurs que nous sommes depuis des semaines notent avec un léger sourire de satisfaction le retour du thème européen au centre du débat. Bien que très secondaire en septembre dernier, l’Europe devient le premier point d’accord entre les futurs partenaires.

Prenons alors le temps d’en étudier les détails.

Le préambule rappelle le travail accompli par les ex-partenaires de la mandature passée. Il relève certes les résultats obtenus, plus que positifs, sur la place internationale. Il a aussi le mérite de rappeler que tout n’est pas si rose que cela : nombre d’Allemands ne sont pas satisfaits.

Huit points constituent l’épine dorsale du projet de coalition. Le premier est consacré à l’Europe. Heureux hasard ou une réponse formelle aux attentes ? Tout porte à comprendre une volonté politique.

Ein neuer Aufbruch für Europa : pour une nouvelle relance européenne.

L’objectif est clair, précis : les partenaires veulent relancer l’Europe. Les arguments sur cette nécessité ne manquent pas, loin de là. Car les partenaires sont conscients de ce que l’Europe a de bien pour l’Allemagne : un bien-être, une intégration économique réussie, la liberté, la démocratie, une justice sociale et égalitaire.
Dans cet enthousiasme alors, tous s’accordent sur un point : „Deutschland hat Europa unendlich viel zu verdanken. Auch deshalb sind wir seinem Erfolg verpflichtet.

Alors que la majorité des Allemands reste franchement eurosceptique, Merkel, Seehofer et Schulz affirment haut et fort que l’Allemagne doit remercier l’Europe pour ce que le pays est aujourd’hui. De ce fait, il se doit de contribuer à son succès. Les enjeux ne sont pas uniquement économiques, mais aussi politiques, militaires pour faire face aux challenges mondiaux de la globalisation. La prise de conscience est là : l’Europe doit prendre son destin entre ses mains. La volonté politique de relancer une Europe forte, unie et solidaire est donc bien là.

Wir wollen ein Europa der Demokratie und Solidarität!

Une affirmation de taille pour une Europe démocratique, libre et solidaire. De ce fait, les futurs partenaires soulignent la nécessité de participer activement à sa construction sans pour autant négliger l’intégration européenne.

Oui, les pouvoirs du parlement européen doivent être renforcés mais aussi l’action au niveau local, de la commune à la région. Il s’agit ici de recouvrer la confiance du citoyen.

C’est dans cet esprit que les pages de l’accord explorateur rappellent de devoir étendre les droits, principes et valeurs au sein même de l’Union Européenne.

Wir wollen ein Europa der Wettbewerbsfähigkeit und der Investitionen.

L‘engagement européen en termes d’investissement doit garantir non seulement le bien-être mais surtout la croissance en Allemagne. Sur le principe, si l’Europe se porte bien, alors l’Allemagne aussi en profite.

Face à la globalisation, c’est l’investissement dans la compétitivité de l’Europe qui permettra de garantir les emplois, qui plus est, d’en créer d’autres.
L’accord prévoit la renaissance d’une économie sociale de marché, basée sur la responsabilité sociétale des entreprises, un droit de cogestion et la répartition de la prospérité. La recherche et les innovations trouvent une place de choix dans le marché numérique intérieur.

Enfin, c’est le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) qui retient l’attention. Ce fonds est une initiative visant à combler le déficit d’investissements que connaît actuellement l’UE.

Wir wollen ein Europa der Chancen und der Gerechtigkeit.

Les quatre pages du texte s’adressent résolument vers la jeunesse qui représente l’avenir de l’Europe. L’Europe se doit de leur permettre la mobilité, d’échanger entre européens. Pour cela, les chances doivent être égales pour tous. Entre les lignes, il faut comprendre l’ébauche d’une Europe sociale.

Le texte va plus loin encore en montrant du doigt ce dumping social entre les pays membres. Il fait alors appel à une homogénéité en termes de salaires, de charges sociales, rendue nécessaire pour réduire les inégalités naissantes ou existantes.

L’éducation et les cursus de formation professionnelle devront devenir comparables d’un pays membre à l’autre. Cela suppose une intensification du travail d’harmonisation.

Le dumping fiscal est mis au pilori. Les différents systèmes fiscaux ne peuvent pas permettre aux groupes internationaux de jouer sur leurs faiblesses. GAFA est explicitement cité, tout comme les Grandes Entreprises qui se dérobent à leurs responsabilités sociétales.

Pour cela, les futurs partenaires s’engagent à accroître leur engagement avec la France – explicitement citée – pour initier au niveau européen un catalogue de mesures capable d’affronter à égal les challenges de la globalisation mondiale, sans oublier les États-Unis.

L’idée d’une imposition sur les transactions financières est née et devrait voir le jour. C’est elle aussi qui clôt le volet des chances et de la justice sociales.

Wir wollen ein Europa des Friedens und der globalen Verantwortung.

Face au risque du protectionnisme, du nationalisme et de l’isolationnisme, il est nécessaire d’y répondre par une coopération internationale. C’est le retour du principe de subsidiarité.

Une Europe forte doit l’être politiquement mais aussi militairement. La coalition veut renforcer son engagement dans le cadre de la coopération structurée permanente PESCO.

L’engagement européen en termes d’immigration et d’accueil des demandeurs d’asile est d’ordre humanitaire et légitime. Néanmoins, il se doit de combattre les causes de ces flux à leurs sources. La protection des frontières communes extérieures est nécessaire. Elle appelle à la solidarité entre tous les pays membres.

Cela est bien gentil nous diriez-vous, mais comment cette coalition compte-t’elle y parvenir ?

Le catalogue des moyens devrait alors s’articuler autour de quatre axes.

Le premier consiste à renforcer les pouvoirs et les devoirs d’action du parlement européen. Il sous-entend bien sûr le respect des critères économiques décidés pour tous les membres. L’accent est mis sur la nécessité d’un budget cadre capable de garantir la stabilité financière au sein de la zone Euro sans oublier cette convergence sociale indispensable.

Ceci permettrait alors d’engager un programme d’investissement important. „Wir sind auch zu höheren Beiträgen Deutschlands zum EU-Haushalt bereit“. L’Allemagne est prête à mettre la main au portefeuille, preuve de sa volonté à réformer, à condition que les pays destinataires des investissements fassent des réformes structurelles.

Cela est bien gentil nous diriez-vous, mais comment cette coalition compte-t’elle y parvenir ?

Le catalogue des moyens devrait alors s’articuler autour de quatre axes.

Le premier consiste à renforcer les pouvoirs et les devoirs d’action du parlement européen. Il sous-entend bien sûr le respect des critères économiques décidés pour tous les membres. L’accent est mis sur la nécessité d’un budget cadre capable de garantir la stabilité financière au sein de la zone Euro sans oublier cette convergence sociale indispensable. Ceci permettrait alors d’engager un programme d’investissement important. „Wir sind auch zu höheren Beiträgen Deutschlands zum EU-Haushalt bereit“. L’Allemagne est prête à mettre la main au portefeuille, preuve de sa volonté à réformer.

Le partenariat avec la France constitue le deuxième point de ses moyens. Renforcer et réformer la zone Euro, ensemble. Agir pour se donner les moyens de faire face aux crises globales est un investissement. Il passe par une action commune en termes de fiscalité, par une coordination des mécanismes économiques. Les futurs partenaires s’engagent à vouloir soutenir le Mécanisme Européen de Stabilité (ESM – European Stability Mechanism).

Le thème de la solidarité entre les pays membres mais surtout entre les citoyens européens est le troisième de ces axes. La réciprocité et la tenue des engagements communautaires sont essentielles quant au respect du budget européen.

La France est de nouveau mise à l’honneur dans le quatrième et dernier axe. Loin de la renforcer, il s’agit ici de relancer la relation franco-allemande. Les partenaires s’accordent sur le besoin d’un nouveau traité de l’Élysée, à la veille de son 55ème anniversaire pour soutenir le moteur franco-allemand. Au-delà, les futurs partenaires voient en cette alliance une force sur laquelle l’Europe et ses pays membres peuvent s’accrocher, aussi bien sur le plan européen qu’international.

Ces pourparlers explorateurs démontrent une ambition européenne qui, même si elle est affirmée, reste vague.

Ils dénotent une absence de projet. Rien n’est acquis, loin de là.

Il y manque des signes d’adhésion franche aux propositions de la Sorbonne du 27 septembre dernier. Dans la hâte de ces négociations, il faut espérer que réponses seront données dès lors que cette coalition verra réellement le jour. Quatre pages dédiées à l’Europe ne peuvent suffire.

Rappelons pourtant que la poursuite de ces pourparlers est intimement liée aux votes des militants sociaux-démocrates du SPD en date du 21 janvier 2018. Si le non devait le remporter dans ce vote crucial, ce serait alors la fin assurée des négociations et le retour aux urnes en Allemagne.

Il est alors quasi certain que la question générationnelle se poserait avec Angela Merkel et Martin Schulz politiquement affaiblis et victimes de l’usure du pouvoir. Dans cette hypothèse, l’Europe serait grande perdante et la contraindrait à un immobilisme alors que les réformes sont vitales.

Souhaitons alors que les quatre pages ne constituent que la préface d’un nouveau livre où les chapitres se bousculeront les uns après les autres. Car l’Europe est une grande aventure.

Une réponse sur “Quatre pages décisives qui relancent notre optimisme, mais rien n’est encore sûr !”

  1. Excellent commentaire qui reflète la situation politique de l´Union Européenne divisée par sa diversité et intérêts nationaux.

    Il faut donc espérer que suite au vote très serré des militants sociaux-démocrates que les négociations entre le SPD/CDU/CSU puissent aboutir rapidement afin de relancer la construction inachevée de l´Union Européenne comme l´a proposé le Président E.Macron.

    Comme nous l´avons constaté au Bundestag les 92 Zombies nationalistes de l´AfD qui représentent une idéologie nationaliste du passé des année 1933, attendent comme les nationalistes de tout bord comme en France avec le Front National, le moment propice pour propager leur venin nationaliste, xénophobe, raciste, comme l´ont démontré ce Lundi les députés de l´AfD au Bundestag vis-à-vis de leurs homologues Français !

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