2018 marque un centenaire historique et nous interpelle : où donc l’Union Européenne va-t’elle aujourd’hui ?

Un centenaire s’écoule en cette année 2018, celui de la Grand Guerre 1914-1918. Une des deux guerres les plus meurtrières que l´humanité a pu connaître.

Une génération plus tard, presque 20 ans après, c’est cette même génération qui sera une des victimes de la plus barbare de toutes les guerres que l´humanité connaîtra : plus de 65 Millions de morts , des génocides multiples en Europe.

Pourquoi alors rappeler en ce début d’année ces conflits ?

Parce qu’ils sont européens et comme si souvent, ils trouvent leurs origines dans l’Histoire de l’Europe. Histoire, avec une majuscule.

Ces millions de victimes, civiles et militaires, aussi bien Français, Anglais, Russes, Turques, Italiens, Autrichiens et Allemands sont toutes des victimes d’un nationalisme rétrograde … né en 1871.

Le roi de Prusse Guillaume I est proclamé « Kaiser » à Versailles le 18 janvier 1871 après la victoire de l’Allemagne contre la France de Napoléon III. L’Empire Allemand est né, il cultive la supériorité du nouveau citoyen allemand. La Bavière, le Wurtemberg, le Hanovre (lié jusqu’en 1837 au Royaume-Uni par une union personnelle), la Saxe et surtout la Prusse, tous deviennent citoyens allemands. 146 ans déjà.

L’Allemagne va alors se consacrer à la poursuite d’un développement économique fulgurant et se lancer dans une politique de grande puissance.

La guerre de 1870-1871 laisse entre la France et l’Allemagne, le souvenir d’une hostilité durable qui sera une des causes de la « Grande Guerre » de 1914-1918. Le IIème Reich, né en 1871, mourra lui en 1918…

Cette naissance cependant, c’est aussi celle d’un nouveau nationalisme renforcé par une attitude hautaine, une certaine preuve d’infaillibilité vis-à-vis de pays tiers ou encore limitrophes. Dont la France.

Ce sentiment de supériorité voire cette arrogance, c’est ce que l´on peut observer de nouveau de nos jours.

Il ne s’agit certes que d’une minorité s’arguant du slogan ridicule d’être « Das Land der Denker und Dichter ». Elle feint d’oublier les philosophes grecs, les poètes et écrivains italiens, anglais, italiens, français, en un certain sens une certaine idée de la culture universelle.

Les temps ont changé, ils évoluent et se métamorphosent, heureusement.

Aussi serait-il nécessaire pour certaines personnalités en Allemagne, et non des moindres, de réaliser et d’accepter que l’Allemagne d’aujourd’hui est moderne et démocratique. Il est grand temps de s’affranchir de ces clichés sur leurs voisins, de les effacer : l’Empire Allemand n’est plus depuis 1918. C’est aussi simple que cela. Inutile alors de les porter sur leurs épaules comme un lourd fardeau.

Attention, ne nous trompons pas cependant. Car cette défaite de la France en 1871 n’est pas uniquement une défaite militaire. Elle va bien au-delà pour la France. Elle blesse son patriotisme, sa fierté au plus profond. La France doit céder l’Alsace et la Lorraine. Elle cultive par là-même cet esprit revanchard qui nourrira la prochaine guerre, celle de 14-18.

Françoise Degois, journaliste et conseillère politique française souligne « il y a de quoi avoir des complexes avec la succession incroyable de défaite contre les Allemands ». Dans un contexte différent certes, mais elle ne fut pas seule. La génération 68, celle de l’après-guerre, celle de 1939-1945, toutes ont cultivé une certaine forme de complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Allemagne. Difficile de s’en affranchir alors qu’en même-temps, la Grande-Coalition de 1949-1969 en Allemagne permet la reconstruction du pays dévasté mais aussi la relance industrielle de son économie. Le fossé se creuse entre l’Allemagne et ses voisins européens.

La France ne sait pas réagir à temps, elle sombre, elle traîne, ne réforme pas. Depuis 40 ans.

L’Histoire se répète. Malgré le miracle économique, une minorité de la population allemande retrouve ses anciennes habitudes, reprend certains réflexes et cultive de nouveau de nombreux clichés. Le complexe d’infériorité franco-allemand se ravive, s’intensifie.

On saisit donc d’autant plus aujourd’hui la nécessité de barrer la route à ce nationalisme renaissant, en Allemagne ou ailleurs en Europe. L’arrivée de 92 parlementaires de l’extrême-droite au Bundestag, mais aussi les dérives ultra-conservatrices en Bavière, en Saxe deviennent des sujets de préoccupation pour de nombreux observateurs étrangers.

Le centenaire, c’est certes dans 10 mois, mais pourquoi devoir attendre si longtemps pour interpeller ?

Interpeller sur cette nouvelle génération qui balaie tout, qui prend le relais politique en Europe et qui fonce. Une génération interculturelle, respectueuse de l’Histoire, mais qui s’en affranchit. Parfaitement mobile, elle se débarrasse de tout complexe, de tout clichés pour aller de l’avant. Forte d’une excellente formation, d’un parcours universitaire, elle a hâte de bâtir, de rebâtir. Une génération qui veut être traitée d’égal à égal, dans le souci constant du respect réciproque.

Restons objectif et honnête avec nous-mêmes !

Nous l’avons dit à plusieurs reprises dans nos différentes tribunes : il n´y a aucune différence entre la jeune génération allemande, française, espagnole, italienne et d’ailleurs en Europe.

Ces propos populistes, ces arguments à la limite de la démagogie ne font que nous ramener vers ces épisodes douloureux du nationalisme et régionalisme. Or, ce sont eux qui générèrent en grande partie les conflits.

Permettez-moi alors d’émettre le souhait de léguer à cette génération qui frappe à la porte une Europe unie, démocratique, libérale, sociale, solidaire mais aussi fraternelle. Préparons le prochain centenaire de notre Europe.

Mettons-nous au travail, ensemble, tous ensemble et maintenant.

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