La valse des couleurs en Allemagne? Des contradictions économiques aussi, n’oublions pas ce paradoxe.

Aux premiers temps de la valse, la Jamaïque était à l’honneur. Une valse éphémère, qui s’offrit des détours pour s’arrêter net. L’orchestre se retira alors. Steinmeier, improvisé chef d’orchestre, cherche une nouvelle partition tout aussi exotique que la première. Il s’agit de clarifier le paysage politique allemand. Ce recul nous permet de passer en revue quelques enjeux économiques majeurs en Allemagne.


Que nous fixions notre attention sur l’actualité politique allemande est compréhensible. La valse des étiquettes déconcerte, les Allemands ne nous ont pas forcément habitués à de telles fausses notes.

L’économie allemande s’est imposée comme le moteur de l’Europe, inutile de le nier.

Avec un taux de croissance au plus haut, l’Allemagne atteindra très certainement un orbite annuel de l’ordre de 2%.
Son taux de chômage laisse admiratif : un niveau historique de 5,60%, un taux divisé par trois en douze années, ce qui fait de l’Allemagne un leader européen en termes de plein-emploi à portée de main.

Jamais deux sans trois, continuons ensemble le tour du palmarès si vous le voulez bien.

En termes d’excédent budgétaire, l’Allemagne « nage dans l’argent » : le montant des recettes fiscales dépasse et de loin le montant des dépenses publiques. Qui plus est, ce phénomène perdure depuis 2013. La rigueur de Schäuble nous interpelle incontestablement, mais aussi les marchés financiers internationaux. Rassurés par une solvabilité presqu’exemplaire, ils n’hésitent pas à financer à perte les emprunts allemands. Le remboursement de la dette publique est une des priorités des Allemands.

À titre comparatif, la dette publique allemande est de 68, 30% contre 96% du PIB pour la France en 2016. La France s’approche progressivement de la barre de 100% alors que l’Allemagne, elle, serait en mesure d’atteindre le seuil de 60% du PIB prescrit par le Pacte de stabilité et de croissance. Un fossé !

Bien sûr, nous ne pouvons pas passer sous silence cet excédent commercial légendaire. L’Allemagne exporte plus qu’elle n’importe. Nous parlons humblement de 1.415 milliards pour les exportations de biens et de services. Un chiffre qui impose le respect. Les flux des dividendes augmentent ce chiffre de dix petits milliards encore, car, oui, les Allemands investissent aussi leur capital à l’étranger. L’excédent courant est évalué à environ 260 milliards d’euros. Soit 8% du PIB.

Une valse à mille temps, c’est beaucoup plus troublant, c’est beaucoup moins dansant …. J’en perds la tête à lire les notes sur cette partition.

L’Allemagne est cependant pointée du doigt, et pas par n’importe qui : le Fonds Monétaire International ! Il a bien sûr rappelé au pays du G20 la nécessité de résorber les déséquilibres extérieurs comme intérieurs. On y retrouve ici entre autre les échanges commerciaux et l’endettement. Les craintes ? Éviter la division et mettre en danger la dynamique de la croissance mondiale.

Une invitation implicite à faire usage davantage de ses excédents en investissant dans les infrastructures publiques. La marge de manœuvre permet un soutien budgétaire. Tous y gagnerait en termes de productivité, de potentiel de croissance, mais aussi d’excédent des comptes courants. Au-delà, il engendrerait un volume d’importation en provenances des pays proches plus élevé, un effet collatéral dans les pays de la zone euro.

Entre les lignes, il faut comprendre un déficit de la demande nationale que l’excédent commercial compense. Car l’Allemagne épargne ses revenus. Or, selon le principe keynésien, un excès d’épargne entraîne un déficit de la demande et nuit à la croissance. L’Allemagne ne fait que reporter le problème vers ses partenaires commerciaux. Quelque part la base du clivage économique entre l’Europe du Nord et du Sud.

Le paradoxe, c’est de savoir qu’une commune sur six est en crise budgétaire en Allemagne.

Ce surendettement des communes est un frein majeur pour celles-ci pour investir dans des infrastructures pourtant plus que nécessaire ! Il y a urgence en termes d’investissement. Les Länder les plus touchés ? Non, pas l’Allemagne de l’Est, mais celle de l’Ouest : Rhénanie du Nord-Westphalie, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat. Beaucoup d’infrastructures sont en mauvais état. Les investissements neufs ne suffisent pas à compenser l’usure des équipements. L’Allemagne « vit de sa substance ».

Nous y voilà donc sur le thème actuel de l’intégration. La chute du Mur de Berlin n’est pas encore si loin et nous parlons encore et toujours de la réunification.

Un lourd programme d’investissement a permis de remettre à flot une ex-RDA en ruine à coup de milliards d’investissement, financés par les contribuables allemands.

Mais l’Allemagne vieillit , sa dynamique démographique est faible, Prévoyants comme ils le sont, les Allemands mettent de côté les revenus issus des exports pour les consommer plus tard. La donne change cependant. Malgré une forte demande, les entreprises peinent déjà à recruter!

2015 voit arriver plus d’1,1 million de migrants sur le sol allemand. Refugees welcome !

Consciente de la nécessité de stopper l’hémorragie, l’Allemagne investit de nouveau dans des infrastructures pour accueillir les réfugiés. Une véritable aubaine : une terre d’accueil pour les migrants et un potentiel de croissance de la population allemande sous le couvert de l’intégration. Cité dans un article du Monde, daté du 13 janvier, Marcel Fratzscher, président de l’Institut économique de Berlin, estime à 0,3 % l’impact des réfugiés sur la croissance en 2016. A long terme «leur intégration pourrait augmenter la croissance de 0,7 %».

Reste la délicate question de savoir si l’économie pourra intégrer les nouveaux arrivants. Pour l’instant, seuls quelques dizaines de milliers de réfugiés ont trouvé un emploi.

Un autre revers de la médaille est la montée de la précarité en Allemagne.

Etre pauvre en Allemagne, c’est avoir un revenu inférieur de 60% du revenu médian. Sous Merkel, le pourcentage de la population sous le seuil de pauvreté a plus que doublé en dix ans. Qui plus est, un million de personnes en situation de sous-emploi arrondissent tant bien que mal leurs fins de mois, Beaucoup sont des travailleurs pauvres, beaucoup n’y arrive pas.

Une valse à deux temps donc, aussi l’Allemagne doit-elle agir !

Cette analyse met en évidence une Allemagne très forte mais riche de paradoxes. Des contradictions qui appellent un volontarisme de la part du gouvernement allemand.

Il doit, de par des mesures délibérées réduire son excédent commercial en important plus mais en exportant moins. La monnaie unique, l’Euro, empêche d’utiliser le taux de change comme outil d’ajustement. Combattre le déséquilibre commercial, c’est relancer la croissance dans les pays partenaires de l’Allemagne. C’est aussi renforcer la croissance dans la zone Euro et diminuer le risque que certains veuillent quitter celle-ci. Et l’Allemagne a un besoin pressant d’investir dans des infrastructures qui profitent à la population allemande.

Ce même gouvernement doit investir l’argent public.

La relance passe principalement par l’investissement et non par la consommation. Dieu sait que les opportunités ne manquent pas tellement le besoin est grand. Mais il y a aussi l’éducation, le numérique, les équipements militaire désuets.
Enfin, le gouvernement devra corriger les inégalités sociales croissantes. Une baisse des impôts indirects, comme la TVA, est une option sérieuse et juste.

À bien y regarder, ce sont les recommandations de la Commission Européenne depuis 2015, elles ne sont pas nouvelles et ne surprennent pas : augmenter l’investissement public et/ou réduire les impôts pour stimuler la consommation. Les deux peuvent aller de pair. L’appel se fait néanmoins de plus en plus pressant.

Certains d’entre nous, avertis, reconnaîtrons des points communs avec les propositions d’Emmanuel Macron pour refondre une Europe unie et forte.

Restons sereins et observons. Nous n’avons aucun devoir d’ingérence. Nous devons cependant rester ouverts et proposer nos idées. Notre programme de refonte d’une Europe souveraine, unie et démocratique est une opportunité à saisir. En Allemagne aussi, sans aucun doute.

Il faut espérer que le prochain gouvernement allemand veuille bien danser la valse avec nous.

Alors on danse. Une valse à trois temps, qui s’offre encore le temps, de s’offrir des détours…..

2 réponses sur “La valse des couleurs en Allemagne? Des contradictions économiques aussi, n’oublions pas ce paradoxe.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *