Repeupler les déserts médicaux en offrant une opportunité de progression de carrière aux professionnels de santé non médecins ?

Face aux déserts médicaux, c’est une addition possible à l’ambitieux plan de renforcement de l’accès territorial aux soins, que nous défendons dans cette tribune. Le choix par le gouvernement du verbe renforcer est lourd de symbole : on renforce ce qui est faible.

 

Cela n’est pas un simple aveu de faiblesse, mais la juste reconnaissance du désarroi des français(e)s qui sont les oubliés de la croissance et qui (sur)vivent dans des territoires isolés ou dans des quartiers abandonnés de la République.

L’équipe d’Agnès Buzyn propose un véritable plan de compétitivité de santé territoriale, qui permettra de faire plus et mieux avec ce que l’on a.

Le plan repose sur quatre piliers ou priorités : effectivité, innovation, productivité et mécanismes prometteurs.

  1. Renforcer l’offre de soins dans les territoires au service des patients : une présence médicale et soignante accrue.
  2. Mettre en œuvre la révolution numérique en santé pour abolir les distances.
  3. Favoriser une meilleure organisation des professions de santé pour assurer une présence soignante pérenne et continue.
  4. Une nouvelle méthode : faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets.

Source : Renforcer l’accès territorial aux soins, dossier de presse du 13 octobre 2017

Tout en saluant la cohérence et l’ambition de ce plan, nous proposons d’aller plus loin en repeuplant vraiment les cabinets désertés.

Nous pouvons former des médecins de haut niveau spécifiquement entraîné(e)s à exercer dans ces déserts médicaux. Nous entendons déjà les ‘oui-mais’ défaitistes soulignant les dix années ou plus nécessaires à la formation d’un médecin, qui n’aura de cesse que de retourner vers sa métropole.

Cela serait vrai sans compter la chance que nous avons d’avoir des professionnels, infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes ou laborantins. Fort(e)s d’une formation théorique robuste, ils sont riches d’expérience humaine et ,en cours de carrière, rêvent d’aller plus loin.

Parmi celles et ceux-ci, certain(e)s découragé(e)s par les coûts induits ou par la durée des études médicales ont préféré entrer plus tôt dans la vie active pour acquérir leur indépendance.

D’autres ont été confrontés à ce concours très (trop) sélectif et très (trop) scientifique de fin de première année mettant fin à leur rêve.

Enfin, d’autres ont vu leur désir de devenir médecin croître à mesure de leur expérience professionnelle. Parmi eux certain(e)s se sentent frustré(e)s d’être enfermé(e)s dans une profession qui offre peu de chance de progression de carrière, de développement personnel ou de migration sociale.

Alors pourquoi ne pas offrir à ces professionnel(le)s de santé avec au moins cinq ans d’expérience, la possibilité de suivre une formation salariée additionnelle théorique et pratique de trois ans ?

En retour, celles et ceux-ci s’engageront à exercer 4 ans, comme salarié interne résident de médecine générale, digitalement assisté(e), dans un territoire sous-médicalisé.

A l’issue de cet internat, ils pourront soutenir leur thèse de doctorat en médecine. Ils devront 4 années supplémentaires au choix sous statut salarié ou comme praticien libéral. Ceux qui le souhaiteraient pourraient avoir pendant ces 4 années aussi un statut d’enseignant et accueillir un interne en médecine de territoire.

L’Afrique sub-saharienne, qui rencontre le même problème de distorsion de densité médicale, doit en plus faire face à la fuite de ses diplômé(e)s vers l’hémisphère nord.

En réponse à ce défi, elle forme avec un succès certain des ‘praticiens de brousse’ d’excellent niveau dont le diplôme ne permet pas la mobilité. Dans un contexte économique bien plus difficile, l’Afrique repeuple ses déserts médicaux. Iil n’y a aucune raison de ne pas s’inspirer de ses choix courageux.

Au moment où, ouvrir la porte d’un cabinet médical devient un luxe, il y a beaucoup à attendre de l’intelligence artificielle et du digital dans un système de santé compétitif.

Et pour autant, il y aura peu d’équivalent digital à l’empathie, au sourire ou à la présence humaine.

Si on peut devenir énarque par la porte professionnelle et servir son pays, pourquoi ne pourrait-on pas, par une porte semblable, devenir médecin de campagne, de famille ou de quartier au service de ses contemporains ?

Alors ! on marche, ou on attend ?

4 réponses sur “Repeupler les déserts médicaux en offrant une opportunité de progression de carrière aux professionnels de santé non médecins ?”

  1. Dans cet ordre d idée, ne serait il pas plus simple de déléguer des tâches médicales à des para médicaux formés à des missions de prévoyance et de suivi de pathologies fréquentes: diabète, hta, vaccinations……revenir aux missions dispensaire par des para médicaux aidés par la télé médecine?

    1. Votre idée est excellente et pratique, et aboutira sans doute à un travail de qualité. En même temps, dans un souci d’égalité des territoires, il n’y a aucune raison que les métropoles aient des cabinets avec médecins et les quartiers ou territoires isolés des cabinets alternatifs. Le meilleur service possible combinant prévention et soin doit être accessible à toutes et tous.

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